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Traitement de surface & défense : innover sous haute exigence EHS

Dans un contexte géopolitique marqué par de fortes tensions internationales, le secteur de la défense occupe une place centrale dans l’actualité.

Moins visible, mais tout aussi stratégique, le traitement de surface y joue un rôle clé pour garantir la performance, la durabilité et la fiabilité des équipements.

Par nature, ces activités sont entourées d’un haut niveau de confidentialité. Peu d’informations circulent sur les procédés, les installations ou les projets industriels. Pourtant, comme toute activité industrielle, les entreprises du secteur de la défense sont pleinement soumises à des réglementations strictes en matière d’environnement, de santé et de sécurité (EHS) — souvent avec des exigences internes encore plus élevées.

Dans le cadre de la thématique de ce numéro du VOMinfo, consacrée à l’innovation, nous avons souhaité mettre en lumière ces bonnes pratiques EHS parfois méconnues.
Michael Turco, conseiller en prévention chez Thales, a accepté de partager son expérience à travers un projet concret d’innovation, mené récemment au sein de son organisation.

Thales, un acteur majeur de la défense et des hautes technologies

Thales est un groupe international spécialisé dans les technologies de pointe destinées aux secteurs de la défense, de l’aéronautique, de l’espace, de la cybersécurité et du digital. Présent dans de nombreux pays, le groupe développe des solutions critiques où exigence industrielle, sécurité et fiabilité sont indissociables.

En Belgique, Thales opère sur plusieurs sites industriels, dont notamment Herstal et Tubize, intégrés dans des chaînes de valeur où les procédés de traitement de surface interviennent comme activités de support indispensables.

Portrait – Michael Turco, conseiller en prévention

Ingénieur industriel de formation, Michael Turco a d’abord évolué pendant près de dix ans dans les domaines de l’assurance qualité, du bureau d’études et de l’industrialisation. Entré chez Thales il y a plusieurs années, il occupe depuis 2023 la fonction de conseiller en prévention niveau 1.

« C’est une fonction très transversale, qui permet d’être en contact avec de nombreux métiers et de traiter des sujets extrêmement variés, toujours avec un objectif central : le bien-être et la sécurité des collaborateurs. »

Interview – Innover en EHS, même dans un environnement sensible

Michael, pouvez-vous nous parler d’un projet d’innovation récent en lien avec le traitement de surface ?

Oui, il s’agit d’un projet très concret. Nous utilisions auparavant un solvant chloré pour le dégraissage de timbres de marquage contenant de l’encre. Ce produit présentait des risques importants, tant pour la santé des opérateurs que pour la sécurité globale de l’installation.

Nous avons donc mené une analyse afin de remplacer ce produit CMR par une alternative non CMR, techniquement équivalente, mais beaucoup moins dangereuse.

Quels étaient les principaux risques liés à l’ancien produit ?

Le premier enjeu concernait clairement la santé des travailleurs. Le solvant utilisé avait des effets nocifs, notamment au niveau neurologique, et imposait le port de masques respiratoires contraignants.

Le second aspect était lié à la sécurité : l’utilisation de solvants chlorés génère des risques d’atmosphères explosives (ATEX). En supprimant ce produit, nous avons éliminé un facteur de risque important.

Comment intégrez-vous l’EHS dans vos projets d’innovation ?

Chaque projet fait l’objet d’une analyse de risques complète, couvrant l’ensemble des dangers potentiels et les mesures de prévention associées.
De manière générale, notre ligne directrice est claire : remplacer les substances CMR par des alternatives moins dangereuses dès que cela est techniquement possible.

Ce principe s’inscrit pleinement dans le cadre réglementaire existant et renforce notre culture de prévention.

La réglementation a-t-elle influencé ce projet en particulier ?

Pas directement, dans le sens où les principes réglementaires sont en place depuis longtemps. La substitution de substances dangereuses par des solutions plus sûres est une obligation bien établie.
En revanche, nous travaillons avec un partenaire externe spécialisé en veille législative, qui nous informe en continu des évolutions réglementaires en matière d’environnement et de sécurité. Cela nous permet de rester alignés et proactifs.

D’autres actions sont-elles menées chez Thales pour améliorer la performance EHS ?

Oui, bien sûr, même si je dois rester volontairement très général. Le contexte actuel du secteur de la défense a renforcé l’attention portée à la prévention, à la sécurité et au bien-être.
Des projets existent également pour réduire l’impact environnemental et les consommations énergétiques, allant du chauffage aux installations photovoltaïques par exemple.

Pour conclure, quel message souhaitez-vous transmettre au secteur ?

L’innovation ne concerne pas uniquement les produits ou les technologies visibles.
Dans des environnements industriels complexes et sensibles, innover en EHS, c’est souvent agir par des décisions pragmatiques, concrètes, centrées sur l’humain.
Chaque amélioration qui renforce la santé, la sécurité et le bien-être des collaborateurs est, à mes yeux, une innovation à part entière.